L’Occident vu de Russie, nouvelle édition 2017

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Anthologie de la pensée russe, de Karamzine à Poutine 

L'Occident comme modèle à imiter, rattraper, dépasser, régénérer, ou rejeter ?  

ISBN 978-2-7204-0545-7, 790 pages, illustrations, index thématique et index des noms, bibliographie,

nouvelle édition revue et corrigée, juin 2017

 

140 auteurs - choix, présentations et traductions par Michel NIQUEUX

préface par Georges NIVAT

À cheval sur l’Europe et l’Asie, qui l’envahirent à plusieurs reprises, sans héritage gréco-romain ou catholique, occidentalisée de force (dans ses couches supérieures) par Pierre le Grand qui, au début du XVIIIe siècle, « perça » une « fenêtre sur l’Europe », la Russie a fait de son rapport à l’Occident non seulement une question géopolitique, mais aussi existentielle et philosophique : il en va de son identité nationale, de son organisation sociale et politique, de son « âme » ou de sa « civilisation », et du lien de celle-ci avec les « valeurs universelles » des Lumières. Dès le début du XIXe siècle, écrivains et penseurs russes débattent, et se divisent, sur les voies du développement de la Russie : faut-il protéger la Russie du poison européen de l’athéisme et de la dépravation (M. Magnitski, 1820), sauver l’Europe de la décadence (A. Kraïevski, 1837), ou devenir des Russes d’esprit européen (V. Biélinski, 1841), et suivre le même chemin que l’Europe occidentale, en nous gardant de ses erreurs (N. Dobrolioubov, 1859), pour ensuite la rattraper et la dépasser comme le voulaient les bolcheviks ? La « révolution conservatrice » actuelle, qui se développe en réaction à la perestroïka, avec son anti-occidentalisme, la dénonciation de la décadence de l’Occident « pourri », le rejet du modèle libéral-démocratique pour une voie russe originale, ou eurasienne (A. Douguine, 2011), ne peut être comprise sans remonter aux débats de la première moitié du XIXe siècle, qui restent d’une étonnante actualité.

Sans équivalent dans quelque langue que ce soit, cette anthologie, avec ses nombreux textes traduits pour la première fois en français, ses notices de présentation qui la rendent accessible au grand public, son absence de parti pris, permettra d’avoir du rapport intellectuel ou idéologique de la Russie à l’Occident une vue étendue et approfondie (140 auteurs, qui reflètent beaucoup mieux une réalité complexe et variée que les quelques dizaines de noms auxquels on se réfère d’habitude). Sur plus de deux siècles, on pourra suivre l’évolution d’idées antagonistes issues d’une part des Lumières françaises (droits de l’homme, État de droit, démocratie, principe individuel, cosmopolitisme), d’autre part du romantisme allemand (génie national, individualité nationale, idéalisme), et la permanence de mythes historiosophiques qui fondent l’altérité de la Russie et sa mission salvifique ou régénératrice. Cet ouvrage est nécessaire à tous ceux qui s’intéressent à la Russie présente ou passée ou qui veulent suivre le destin des idées européennes sur le sol russe.

Michel Niqueux est professeur émérite de l’Université de Caen Normandie.

TABLE DES MATIÈRES

La pensée et son double, par Georges NIVAT
Sommaire
Introduction : L'Occident : un problème philosophique pour la Russie

I. - La question de l'imitation (premier quart du XIXe siècle)
Nicolas Karamzine : des Lumières au conservatisme
La Russie ne doit plus être l'élève de l'Europe

II. - La construction idéologique de la différence Russie-Occident et le messianisme russe (deuxième quart du XIXe siècle)
La recherche d'une identité nationale, autour de Sergueï Ouvarov et du ministère de l'Instruction publique
Mikhaïl Pogodine
Nicolas Gogol
Les slavophiles et la "maladie" de l'Occident
Ivan Kiréievski
Alexis Khomiakov
Iouri Samarine
L'Occident pourri(t)

III. - Les Russes européens (années 30-50 du XIXe siècle)
Piotr Tchaadaev, l'iconoclaste
Vissarion Biélinski : des rapports du national à l'universel
La voie européenne
Alexandre Herzen, un occidentaliste désenchanté

IV. - La grande controverse : orthodoxie et "latinisme" (deuxième moitié du XIXe siècle)
Rejet du "latinisme"...
Fiodor Tiouttchev
Alexis Khomiakov
La question de la liberté religieuse
... ou attrait pour le catholicisme
Vladimir Soloviev et l'union des Églises
Alexandre Kiréiev et les vieux-catholiques

V. - Nationalisme et européisme : variations sur de vieux thèmes (deuxième moitié du XIXe siècle)
Constantin Aksakov
Une "manière de voir russe" ? (1856)
Ivan Aksakov : civilisation ou lumières ?
Nicolas Strakhov : l'enracinement dans le sol russe
Pour un véritable européisme
Tentatives de dépassement de l'opposition Russie-Occident
Le personnalisme de Constantin Kaviéline
Le nationalisme universaliste de Dostoïevski
Nicolas Danilevski et le rejet de l'européocentrisme
Constantin Léontiev, contre le cosmopolitisme niveleur
Vladimir Soloviov : l'universalisme chrétien contre le nationalisme

VI. - Au tournant du siècle : entre le marxisme et l'idéalisme
Le populisme russe : comment éviter le capitalisme ?
Le marxisme, stade suprême de l'occidentalisme ?
Une Renaissance russe
Nicolas Berdiaev et la synthèse messianique de l'Orient et de l'Occident
La Russie dans la guerre européenne

VII. - De l'internationalisme au national-bolchevisme (1917-1987)
Rattraper et dépasser l'Amérique
Révolution russe, ou internationale ?
Le jdanovisme : la campagne contre le "servilisme face à l'Occident" et le "cosmopolitisme" (1946-1953)

VIII. - Dans l'émigration : à l'épreuve de l'Europe
L'eurasisme
Nicolas Troubetzkoy
Autour du Déclin de l'Occident de Spengler
Les penseurs religieux et la rencontre avec l'Occident

IX. - Perestroïka et contre-perestroïka "Maison européenne commune" ou Eurasie ? 
Avant la perestroïka : des voix indépendantes
La perestroïka. Mikhaïl Gorbatchov
Le néo-eurasisme
Une révolution conservatrice
Adieu à l'Europe ?

 

 

 

 

 

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